En trois ans, les tickets d’entrée sur les fonds de dette privée sont passés de 250 000 € à 25 000 $ chez certains gérants. J.P. Morgan a lancé des fonds perpétuels destinés aux investisseurs individuels. BlackRock et Goldman Sachs ont ouvert des stratégies semi-liquides de dette privée et d’infrastructures aux clients privés et family offices. Les actifs non cotés ne sont plus réservés aux institutionnels.
La promesse est séduisante. Elle appelle pourtant une question que l’on pose rarement aussi clairement qu’elle le mérite.
Est-ce que l’accès élargi transforme la nature de ces actifs, ou transforme-t-il simplement le profil de ceux qui peuvent y accéder ?
Chez The Moon Investments, notre lecture est la suivante : l’accès élargi transforme les véhicules, pas les actifs sous-jacents. Et cette distinction change tout pour les dirigeants et familles patrimoniales qui envisagent d’intégrer du non coté à leur allocation.
1. D’où vient ce mouvement ?
À l’origine, les actifs non cotés sont une réponse aux besoins des investisseurs institutionnels — fonds de pension, assureurs, grandes fondations. Objectif : financer des engagements de très long terme avec des moteurs de performance moins dépendants des marchés liquides.
Trois vagues successives ont élargi le cercle.
Les entrepreneurs d’abord. En ouvrant leur capital à des fonds d’investissement, ils ont vu de l’intérieur comment la valeur se crée : professionnalisation de la gouvernance, internationalisation, build-up, digitalisation, amélioration de la productivité. Lors du cash-out, beaucoup ont réinvesti dans ces mêmes fonds, parce qu’ils en comprenaient précisément les ressorts.
Les investisseurs privés patrimoniaux ensuite, dans une logique de diversification. Quand les cycles se raccourcissent, que la corrélation actions/obligations augmente et que l’inflation réapparaît, la recherche de sources de rendement indépendantes des marchés cotés devient centrale.
Les assureurs et la réglementation enfin. Sous l’impulsion des cadres européens (ELTIF, évolution de Solvabilité II), les compagnies d’assurance ont intégré des briques d’actifs non cotés dans leurs contrats. Ce socle a ouvert la voie à une diffusion plus large auprès des investisseurs particuliers.
Démocratisation ne veut donc pas dire banalisation. Elle signifie qu’une classe d’actifs historiquement institutionnelle a été progressivement structurée pour d’autres profils d’investisseurs. Avec toutes les implications que cela suppose sur la nature des véhicules proposés.
2. Taux positifs : le non coté a-t-il encore du sens ?
Le retour de taux sans risque positifs pourrait laisser penser que les marchés privés deviennent moins nécessaires. La réalité est plus subtile.
Prenons un exemple simple. Un actif sans risque à 4 % avec une inflation à 3 %, c’est un rendement réel de 1 %. Acceptable pour loger une poche de sécurité. Insuffisant pour financer des projets à 10, 20 ou 30 ans.
Les grands gérants de marchés privés rappellent que pour viser certains niveaux de rendement cible sur le long terme, l’allocation doit intégrer une part de private equity, de dette privée ou d’infrastructures — précisément parce que ces actifs reposent sur des moteurs de création de valeur moins corrélés aux fluctuations quotidiennes des marchés.
Pour un dirigeant-investisseur, la conclusion est assez simple.
Prendre du risque reste nécessaire, mais un risque maîtrisé, structuré, aligné sur les horizons de vie. La remontée des taux a surtout introduit plus de discipline dans la valorisation des actifs financés, ce qui peut rendre certains points d’entrée plus sains aujourd’hui qu’en période de taux zéro. Et l’illiquidité, quand l’horizon d’investissement est réellement long, cesse d’être un défaut — elle devient la contrepartie logique d’un cycle de création de valeur.
3. Ouvrir sans dénaturer : ce que les gérants ont fait
La démocratisation ne vient pas d’un produit miracle. Elle vient de plusieurs évolutions simultanées du côté des sociétés de gestion.
Des formats de fonds adaptés. Les véhicules evergreen à capital ouvert offrent une semi-liquidité encadrée. Les structures fermées plus accessibles ont été pensées pour les clients privés et les family offices. Les acteurs sérieux insistent sur un point central : l’illiquidité reste un élément structurant du modèle de performance, pas un détail à maquiller.
Des tickets d’entrée plus bas. La baisse des tickets et la mutualisation des accès — fonds de fonds, solutions assurancielles, plateformes professionnelles — permettent à un plus grand nombre d’investisseurs avertis de se positionner, tout en reproduisant au mieux le cycle de vie des fonds sous-jacents (appels de fonds, distributions, durée).
Une industrialisation de l’accès. De grandes maisons internationales — J.P. Morgan, Goldman Sachs, BlackRock, UBS — ont mis en avant des stratégies privées spécifiquement pensées pour les clients privés : fonds perpétuels accessibles dès 25 000 $, stratégies semi-liquides en dette privée et infrastructures pour investisseurs qualifiés, formats allégés pour contrats d’assurance-vie.
Cette ingénierie élargit l’accès. Elle ne supprime pas les contraintes fondamentales de la classe d’actifs. Le temps long reste le temps long. La sélection reste décisive. La qualité du sponsor reste déterminante.
4. Notre rôle : organiser, sélectionner, suivre
Nous ne cherchons pas à « vendre du non coté ». Notre métier est d’aider une communauté de dirigeants et d’entrepreneurs à l’intégrer de façon cohérente dans leur patrimoine.
Concrètement, cela se joue sur quatre niveaux.
Mettre à plat le patrimoine. Cartographier l’ensemble des actifs — entreprise, immobilier, liquidités, placements existants, actifs déjà illiquides — pour identifier la part réellement mobilisable sur un temps long, sans créer de tension de trésorerie personnelle ou professionnelle.
Construire un portefeuille non coté structuré. Travailler les trois classes d’actifs à part entière (private equity, dette privée, actifs réels) et intégrer une réflexion d’ingénierie patrimoniale — mode de détention, transmission, fiscalité.
Sélectionner et structurer les solutions. Architecture ouverte auprès de sociétés de gestion institutionnelles. Structuration de solutions dédiées lorsque la taille des tickets et l’homogénéité des besoins s’y prêtent. Différenciation claire entre briques de fond de portefeuille (buyout diversifié, capital transmission) et poches plus tactiques (secondaires, co-investissements).
Assurer le suivi dans la durée. Accompagnement sur les appels de fonds, distributions, valorisations. Cohérence globale avec le reste du patrimoine. Adaptation de l’allocation au fil du temps, sans sur-réagir à la volatilité de court terme.
Ce travail ne promet pas de performance. Il met simplement en face de chaque investisseur un cadre, une méthode et un suivi — ce qu’une classe d’actifs illiquide mérite d’exiger.
5. Trois situations où le non coté prend tout son sens
Dans notre pratique, trois configurations reviennent régulièrement.
Préparer la retraite ou organiser une épargne de très long terme. Une partie du patrimoine n’a pas vocation à être consommée à court terme. Sur cette poche, nous privilégions le capital transmission, qui représente une part majeure du marché du private equity et a historiquement montré des trajectoires de performance régulières à l’échelle des cycles.
Réinvestir après la cession d’une entreprise. Les entrepreneurs cédants doivent parfois réinvestir une partie des produits de cession pour bénéficier d’un régime de report ou d’exonération fiscale. Ils apprécient l’investissement en direct dans leur réseau, mais recherchent aussi une diversification structurée via des fonds — capital développement et capital risque européens, avec une gestion professionnelle du quota de remploi.
Compléter des revenus après une transmission. Une fois le patrimoine structuré et transmis, la priorité devient la stabilité des revenus. La dette privée joue ici un rôle central : flux réguliers, exposition à l’économie réelle, diversification de la poche distributive aux côtés des fonds obligataires, SCPI ou produits structurés. BlackRock estime que le marché mondial de la dette privée pourrait dépasser 3 500 Md$ d’encours d’ici 2028 — un signal de l’ancrage durable de cette classe d’actifs dans les allocations.
Ces trois situations partagent un même fil rouge. Le non coté ne se pense pas en « opportunité à saisir » mais en brique d’une allocation alignée sur un horizon de vie.
6. Nos convictions
Au-delà des situations individuelles, notre grille de lecture se résume à quatre principes.
Clarifier l’épargne de long terme. Distinguer ce qui relève de la sécurité, de la trésorerie opérationnelle et de ce qui peut être placé à 8-10 ans et plus. C’est sur cette poche que le non coté peut être travaillé sereinement.
Raisonner en rendement réel. L’inflation est redevenue un paramètre persistant de l’équation patrimoniale. Les marchés privés peuvent contribuer, dans une allocation diversifiée, à rechercher un rendement réel positif sur la durée — en complément, jamais en substitution, des marchés cotés.
Faire du temps un allié. La valeur se crée dans la durée. L’illiquidité est la contrepartie de ce temps long, pas un défaut à masquer. Pour un investisseur aux horizons réellement longs, cette contrepartie est souvent un avantage.
Structurer le non coté en briques lisibles.
- Private equity primaire : actif de fond de portefeuille, exigence de rendement élevée sur horizon long.
- Dette privée : recherche de revenus réguliers dans un environnement de taux et de financement en mutation ; la sélection rigoureuse des dossiers est déterminante.
- Private equity secondaire : points d’entrée plus courts, avec une visibilité accrue sur les portefeuilles sous-jacents.
Nous ne promettons pas de performance. Nous organisons, sélectionnons et suivons, avec la rigueur que mérite une classe d’actifs illiquide, pour une communauté d’investisseurs dirigeants qui s’engagent avec leur propre capital.
Aller plus loin
Si vous souhaitez clarifier la part de votre patrimoine réellement mobilisable sur le temps long, structurer une poche d’actifs non cotés, ou confronter vos convictions aux nôtres, nos experts peuvent vous accompagner dans un cadre dédié.
Sources
- J.P. Morgan Asset Management, Private Markets Outlook 2026
- BlackRock, Private Markets Outlook 2026
- Schroders, Comment fonctionnera la démocratisation des actifs non cotés ?, 2022
- Natixis Investment Managers, Loi industrie verte et investissement en actifs privés, 2025
- UBS, Global Family Office Report 2025
- Private Corner, Démocratisation des actifs non cotés : enjeux et perspectives, 2023
- Club Patrimoine, Comment démocratiser le Private Equity sans compromettre son exigence ?, 2025
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre d’information générale et ne constituent pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L’investissement en actifs non cotés comporte un risque de perte en capital et une illiquidité structurelle.